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14 mars 2010, les élections régionales ouvrent leurs urnes. L’occasion de relater une initiative originale, rythmée et militante des habitants de Ammerschwihr (Haut-Rhin). A l’origine, Monsieur Binder, au volant d’une camionnette, affiche fièrement la photographie du village pour représenter son parti (le FN) et sillonner les campagnes en quête de voix électorales. Cela ne manque pas d’agacer les jeunes Ammerschwihriens, qui ne cautionnent pas les idées véhiculées par le parti.
Pas de bol pour Binder, la bande est armée d’une oreille musicale. Rien de moins que le groupe Hopla Guys (les musiciens chantent en alsacien) et Spirit Revolution (groupe de reggae). En une nuit une matinée, un clip est réalisé, pesé, emballé et diffusé, sous le nom “Tu prends mon bled comme étiquette (collectif 6.8.7.7.0)”.
Si le clip a fait la une de grands médias ces dernières semaines (M6 Actualités, France 3, LCI, Le Monde, RDL, etc.), le groupe s’est pris une rafale de commentaires insultants sur Youtube. Et Novopress de les traiter de “racailles“. En l’occurrence, “la racaille est composée d’étudiants en Master et de viticulteurs“, précise Amaelle, en charge de la communication du collectif. De quoi couper le soufflet à NovoPress, qui présume aussi que les “alsaciens de souche” sont incapables de se projeter dans le style musical du collectif (“On imagine à quel point les villageois de souche se reconnaissent dans ce « bled »-là“, ironise-t-on). D’une part, le Maire du village en personne soutient l’initiative de ses talents en herbe. D’autre part, le clip est un mélange raffiné de rustique et de moderne (langue française / dialecte alsacien, habits de rapeurs / vêtements du viticulteur…). Enfin, on n’oublie pas de noter la participation de deux aînés du village que voici ci-dessous :
Le même auteur (toujours NovaPress) juge la manière de danser et de parler des interprètes du clip et parle de “gestuelle des cités, injures et violence”. C’est à la fois une ghettoïsation verbale des cités et le signe d’incompréhensions intergénérationnelles. Petit cours de français moderne : “je vais te tuer” est une hyperbole qu’on peut traduire par “te mettre des bâtons dans les roues”. Concernant l’expression “donner des coups de trique”, faut-il que je rappelle le nombre d’expressions alsaciennes basées sur des connotations sexuelles ? Quant à la référence aux nazis et fachos, citons la belle formule de Didier Daeninckz : “c’est en oubliant le passé qu’on se condamne à le revivre”. Si le ton du clip est dur, il est à la hauteur de l’agacement.
Le collectif n’a pas débouché sur des débats constructifs, mais il a su se faire entendre. Une chance si cela motive les jeunes au vote (ce sont eux qui affichent les plus forts taux d’absentéisme). Un risque si le buzz a fait la com de son principal concerné. Mais il paraît que même l’Alsace pourrait passer l’arme à gauche. Réponse la semaine prochaine.
